Doubs : la fièvre charbonneuse

La fièvre charbonneuse
Qu’est-ce-que c’est ?
1 : Agent de la maladie, espèces sensibles, modes de transmission
La fièvre charbonneuse (ou charbon bactéridien) est une maladie infectieuse, due à une bactérie « tellurique » (venant de la terre) : Bacillus anthracis, qui tient sa spécificité à sa forme de
résistance : une spore, capable de survivre plus de 100 ans dans le sol. Toutes les espèces de mammifères, domestiques et sauvages peuvent être touchées, mais les herbivores paraissent les plus
exposés.
Si les herbivores domestiques (bovins, ovins, chevaux) sont touchés, les herbivores sauvages peuvent l’être aussi (cerfs, chevreuils, daims, ...).
Les animaux se contaminent en mangeant de l’herbe ou des aliments contaminés par le sol. L’existence d’une lésion des muqueuses est nécessaire à l’initiation de l’infection. Une saison sèche, où
l’herbe est courte, piquante, broutée avec des petits gravillons, succédant à de fortes pluies qui ont concentré des spores serait un exemple d’apparition possible de la maladie. Le sol est
lui-même contaminé par les animaux malades, l’épandage des déjections ou les cadavres, tant qu’ils ne sont pas ramassés. Le sol est le véritable réservoir de la maladie.
La bactérie elle-même est fragile, mais sa forme de dissémination : la spore est particulièrement résistante : celle-ci résiste plusieurs dizaines d’années dans le milieu extérieur, d’où la
dénomination des « champs maudits ». Elle remonte à la surface sous l’action des vers de terre, des inondations, des fortes pluies, des travaux de drainage ou de terrassement, etc ... La
sporulation (libération de l’agent pathogène) nécessite une température comprise entre 15°C et 42°C, une atmosphère humide et la présence d’oxygène.
2 : Situation dans le Doubs
Des cas de fièvre charbonneuse se sont déclarés sur des bovins dans 5 communes situées dans une même zone. La cause de cette apparition de charbon bactéridien est en cours d’investigation. Dans
ce contexte, une suspicion forte est posée sur les populations de sangliers, notamment par les éleveurs. Cette situation appelle les remarques suivantes : La Fédération des Chasseurs du Doubs
exerce à longueur d’année une surveillance des mortalités de la faune sauvage à travers le Réseau SAGIR. Les cadavres d’animaux signalés par les chasseurs ou d’autres découvreurs sont pris en
charge et les animaux sont analysés aux frais de la FDC 25, au laboratoire départemental. Les espèces sauvages susceptibles d’être touchées par le charbon bactéridien, compte tenu de ce foyer,
sont les ruminants et surtout les chevreuils (pas de cerf dans cette zone).
Or, il se trouve que la FDC 25 est d’autant plus attentive à la mortalité des chevreuils qu’elle participe au niveau national à une expérimentation sur cette espèce et que tout cadavre de
chevreuil doit lui être signalé pour analyse. Elle a donc particulièrement sensibilisé ses chasseurs sur ce point. Un seul chevreuil a été retrouvé mort dans la zone et a été analysé. Il est
négatif. De la même manière un seul sanglier a été retrouvé mort dans la zone et analysé. Il est négatif. Un animal atteint de fièvre charbonneuse, adressé au laboratoire vétérinaire
départemental ne peut pas passer au travers d’un tel diagnostic. A noter qu’aucun animal sauvage n’a été trouvé porteur de fièvre charbonneuse dans la base de données SAGIR qui compte plus de
50.000 animaux analysés.
Si la faune sauvage était à l’origine de cette affection, il faudrait s’attendre à une plus forte mortalité dans ses populations. Ça ne semble pas être le cas. Toutefois, la vigilance reste
maximum sur la zone, afin de détecter toute anomalie, du fait même de ce foyer désormais identifié dans certains prés des 5 communes.
Le retournement de certaines prairies par les sangliers est mis en cause pour expliquer une éventuelle résurgence des spores sur des « champs maudits » oubliés. Il paraît surprenant que ce
retournement soit homogène dans les différentes prairies incriminées et que ce phénomène s’exprime de la sorte cette année, sans avoir connu de telles manifestations au cours d’années
antérieures.
3 : Réflexions Face à cette situation, d’autres questions se posent : Y a-t-il des carnivores sauvages dans la zone ?
Il faut rappeler qu’ils sont des diffuseurs potentiels de la maladie, sans y être particulièrement sensibles. Faut-il envisager d’analyser des renards sur cette zone ?
Y a-t-il des rapaces sur cette zone ? Il a été établi qu’ils sont des diffuseurs potentiels des spores, sans y être sensibles non plus. Il n’est toutefois pas autorisé d’attraper des rapaces pour
les analyser ...
Y a-t-il eu des travaux de drainage particuliers dans la zone ?
Y a-t-il eu des pluies abondantes avec les prairies inondées, pouvant laisser penser à un lessivage particulier ? Dans ce contexte de lessivage possible, quid des gravats déposés dans le secteur,
provenant d’un abattoir détruit qui aurait connu par le passé un cas de charbon bactéridien ?
Par ailleurs, il paraît nécessaire de s’interroger sur les conséquences que pourrait avoir une décision d’augmenter le plan de chasse sanglier dans cette zone pour raison sanitaire non prouvée
(plan de chasse d’ores et déjà augmenté par rapport à l’an dernier, sauf erreur de ma part) : la suspicion de diffusion de la fièvre charbonneuse par les sangliers (sans preuve analytique) va
induire la perception d’un risque sanitaire particulièrement important pour les chasseurs.
La réaction immédiate pourrait être un refus de tirer des animaux qui présentent un risque zoonotique non négligeable. Il est certain que la crainte d’une telle maladie, ferait une très mauvaise
publicité auprès des chasseurs de sangliers, dont les effets dépasseraient largement la zone concernée.
Il paraît donc absolument nécessaire de s’appuyer sur des analyses formelles avant de prendre certaines décisions. C’est pourquoi la mise en vigilance maximum de la zone par le Réseau SAGIR reste
la mesure indispensable et la plus adéquate à l’investigation épidémiologique de la maladie, ainsi qu’au maintien de la chasse effective dans cette zone.
A noter que le service technique de la FDC25 très mobilisé par cette maladie a réussi samedi dernier la capture de deux sangliers. Ceux-ci analysés par un
vétérinaire se sont avèrés "négatifs" à la maladie : Un premier pas dans l'objectif de prouver la non-responsabilité de la faune sauvage dans la réapparition de cette épidémie.
Source : FDC25




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